Might & Magic Fates : le retour d’une franchise mythique sous une forme inattendue
La franchise Might & Magic existe depuis 1986. Quarante ans de RPG, de jeux de stratégie au tour par tour et de batailles épiques ont forgé une communauté de fans particulièrement attachée à cet univers de haute fantasy. C’est dans cette longue tradition qu’Ubisoft inscrit sa nouvelle production : Might & Magic Fates, un jeu de cartes à collectionner tactique sorti le 4 février 2026 sur iOS et Android, et désormais en accès anticipé sur Steam. Le pari est audacieux. Transformer l’une des licences les plus respectées du jeu de rôle et de la stratégie en TCG free-to-play est une décision qui divise — et les premiers retours Steam, avec 59 % d’avis positifs sur 393 notes, témoignent d’une réception effectivement contrastée. Mais à y regarder de plus près, le jeu mérite qu’on lui accorde davantage que ce premier chiffre.
Une licence emblématique transposée dans l’univers du TCG
Might & Magic, c’est avant tout l’histoire d’une franchise à deux têtes : d’un côté les RPG Might & Magic, de l’autre les jeux de stratégie Heroes of Might & Magic, dont le troisième opus reste encore aujourd’hui une référence absolue du genre. Ubisoft, qui détient les droits depuis le rachat de New World Computing, n’avait pas sorti de titre majeur sous cette bannière depuis plusieurs années. Fates marque donc un retour significatif, même si le genre choisi — le jeu de cartes — surprend les habitués.
L’histoire du jeu se déroule dans la Mer des Destinées, un multivers fracturé où des lignes temporelles s’entrechoquent et où les destinées s’effacent. Ce cadre narratif permet à Ubisoft de convoquer des héros et des créatures issus de l’ensemble de la franchise, sans se contraindre à une continuité canonique stricte. C’est une liberté créative bienvenue, qui ouvre la porte à des associations inédites tout en satisfaisant la nostalgie des connaisseurs.

Un gameplay qui réinvente le format TCG
Sur le plan mécanique, Might & Magic Fates ne se contente pas de reproduire la formule Hearthstone. Le jeu introduit plusieurs innovations notables qui méritent attention.
Le premier élément distinctif est le système de mana. Plutôt que de générer des ressources via un compteur automatique qui augmente chaque tour, Fates utilise un modèle basé sur l’or produit directement par les cartes en main. Cette mécanique influe profondément sur la construction de deck : chaque carte est aussi une source potentielle de ressources, ce qui crée des choix stratégiques dès la phase de préparation et tout au long de la partie.
Le deuxième point fort est la progression des héros en cours de partie. Les héros montent en niveau pendant chaque match, débloquant des capacités puissantes qui peuvent faire basculer la stratégie au fil du combat. Ce système rapproche Fates d’un RPG en miniature, donnant à chaque duel une dimension narrative propre où l’évolution du héros reflète le déroulement des échanges.
Troisième originalité : la construction de deck est totalement ouverte — les joueurs peuvent utiliser n’importe quelle carte de leur collection quelle que soit la faction du héros choisi. Cette liberté contraste avec de nombreux TCG qui imposent des restrictions de faction strictes, et elle ouvre un espace de créativité stratégique appréciable.
Le jeu propose cinq types de cartes : Héros, Unités, Bâtiments, Sorts et Artefacts. Les unités constituent la présence principale sur le champ de bataille, avec des traits qui se combinent entre eux. Les bâtiments, quant à eux, représentent une catégorie moins commune dans les TCG, qui modifie le terrain et force l’adversaire à adapter ses plans en permanence. Le positionnement sur le plateau joue également un rôle central, renforçant l’aspect tactique des affrontements.

Quatre factions aux identités marquées
Comme dans les opus Heroes of Might & Magic qui ont construit la réputation de la franchise, Fates articule son système autour de factions aux styles de jeu très différenciés. Haven mise sur les buffs alliés et les chevaliers solides ; Nécropole excelle dans les résurrections et le contrôle des morts-vivants ; Inferno privilégie les nuées agressives et les démons dévastateurs ; Académie domine avec des sorts de contrôle et des bursts magiques.
Ces quatre factions correspondent aux grands archétypes du jeu de cartes compétitif — aggro, contrôle, midrange, combo — mais leur habillage dans l’univers Might & Magic leur donne une cohérence thématique que les fans de la franchise reconnaîtront immédiatement. Jouer Haven, c’est retrouver les Anges et les Paladins. Jouer Nécropole, c’est convoquer les Liches et les Squelettes. Le vernis nostalgie fonctionne, et il est loin d’être superficiel.
Un modèle économique free-to-play sous surveillance
Might & Magic Fates est entièrement gratuit. C’est l’un des points sur lesquels Ubisoft insiste le plus dans sa communication, et il est vrai que le jeu est jouable de bout en bout sans débourser un centime. La progression gratuite comprend des packs quotidiens, des quêtes et des événements saisonniers. Les achats optionnels portent principalement sur des éléments cosmétiques ou des boosters supplémentaires.
La dimension la plus originale — et la plus clivante — du modèle économique de Fates est la marketplace externe. Dans les régions éligibles, Ubisoft permet aux joueurs d’échanger des cartes via une place de marché secondaire construite sur la technologie d’Immutable, avec la garantie que ce système ne procure aucun avantage compétitif en jeu. Cette intégration blockchain reste optionnelle et cantonnée à une couche de collection et de commerce, mais elle suscite des interrogations légitimes dans une communauté souvent méfiante envers ces mécanismes.
Les premiers retours sur Steam indiquent également que la progression, bien que gratuite dans son principe, peut sembler lente pour les joueurs qui ne souhaitent pas dépenser. C’est un équilibre délicat que l’équipe devra affiner pendant la période d’accès anticipé.

Un accès anticipé ambitieux avec une feuille de route claire
Lancé en Early Access sur Steam le 16 février 2026, Might & Magic Fates bénéficie déjà d’une base de contenu solide. Le jeu propose plus de 250 cartes à collectionner, des modes classés et casual, un système de quêtes, et une expérience solo via des défis saisonniers et des événements par faction.
Ubisoft prévoit une période d’accès anticipé d’environ six mois avant la sortie officielle. Durant cette phase, les équipes entendent ajouter un journal de combat (battle log), de nouvelles cartes avec de nouveaux effets, des modes de jeu inédits, ainsi que des options de personnalisation comme le choix du plateau de jeu ou du dos de carte. Le fait que le jeu soit cross-platform — iOS, Android et PC via Steam — garantit une base de joueurs large et une accessibilité maximale.
Conclusion : un TCG prometteur qui doit encore convaincre ses fans historiques
Might & Magic Fates n’est pas un jeu parfait, et ses débuts en demi-teinte sur Steam en témoignent. Mais c’est un TCG qui pose de vraies questions mécaniques intéressantes, qui respecte suffisamment l’ADN de la franchise pour satisfaire les nostalgiques, et qui dispose de la structure d’un grand éditeur pour tenir sur la durée. La période d’accès anticipé sera déterminante. Si Ubisoft sait écouter sa communauté, affiner l’équilibre entre progression gratuite et monétisation, et enrichir régulièrement le catalogue de cartes, Fates pourrait s’imposer comme une référence du TCG numérique en 2026. Le potentiel est là. Il reste à le confirmer.
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